dimanche 22 mars 2009

Prologue

Voilà le prologue des Chroniques d'Ilear.

Je l'ai retrouvé sur mon ancien blog,
il me semble que je l'avais modifié depuis,
mais impossible de remettre la main dessus ...

Bonne lecture ^^

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Comme Alan me l’avait apprit, je m’étais cachée dans un des recoins de la pièce, celui entre la grosse malle remplie d’objets en tout genre et la bibliothèque pleine de vieux livres. Sa voix retentissait dans ma tête. Il me disait :
« - Reste où tu es. Ne fais pas un seul bruit, où ils sauront que tu es là. Pas un bruit, pas un mouvement. Ne tente rien, laisse-les faire. Tu partiras uniquement quand tu seras sûre qu’ils sont loin. Et ne te balade pas trop longtemps en eux, leur méchanceté peut être contagieuse. Une dernière chose, une faveur que je te demande : ne tente rien, ne fais rien pour qu’ils puissent te capturer, ne tombe jamais entre leurs mains, jamais. »
Il ferma son esprit, puis sortit de la maison. Je savais ce qui allait se passer ici, je le pressentais. Mais je ne pouvais rien faire contre. Déjà parce qu’aucune idée ne me venait ; ensuite, Alan me l’avait interdit. Je fis donc comme il me l’avait demandé. Par la fenêtre, je distinguais sa silhouette. Il avait du s’asseoir sur le vieux fauteuil à bascule qu’il avait installé dehors pour les jours de soleil. Ils étaient arrivés comme prévu, sans aucune discrétion avec leurs grosses voix, leurs chevaux mal dressés qu’ils tentaient en vain de contrôler, leurs pas lourds sur la terrasse en bois. Sans même les voir, je savais qu’ils étaient pitoyables. Des grosses brutes de la pire espèce, des abrutis profonds pleins de lâcheté. Ils avaient fait rentrer Alan à l’intérieur de la maison, probablement pour que personne ne puisse voir ce qu’ils allaient lui faire. Qui aurait pu les voir, au fin fond de cette forêt, perdue au milieu de nulle part ? L’un d’entre eux avait jeté mon maître à terre, lui faisant percuter le coin en pierre de la petite cheminée qui se trouvait dans le fond de la pièce. Alan tentait de reprendre ses esprits quand un autre homme lui décocha un poing en pleine figure en hurlant :
« - Dis nous ce que tu sais ! »
Aucune réponse. Mon maître reçut un coup de pied en plein estomac.
« - Parles ! Qui est l’alka ? Où se trouve-t-il ? »
Un second coup de pied part, plus violent cette fois. Toujours aucune réponse. L’homme s’impatientait. Je décidai de m’introduire dans l’esprit de cet être abject qui osait maltraiter mon maître ; ses pensées retentissaient dans ma tête :
« Qu’est-ce que je fais ? Si je continue, je le tue, et je n’aurai aucune information, je me ferai tuer. Si je ne continue pas, il ne me dira rien de toute façon … »
Je m’arrêtai là. Il avait déjà pris sa décision, même s’il ne le savait pas encore. Je savais ce qu’il s’apprêtait à faire, mais je restai ou je j’étais. Un grand silence se fit dans la pièce. Mon souffle me paraissait faire un vacarme épouvantable. Mon cœur battait à tout rompre, je ne voulais pas qu’il le fasse. Mais c’était trop tard, et je ne pouvais rien faire. L’homme lança simplement « Tuez-le », sur le même ton que s’il demandait à ses hommes de lui faire chauffer un thé. Il sortit, assez lentement pour que je puisse graver son visage à jamais dans ma mémoire. Il sortit pour ne pas voir ce massacre, et surtout pour faire le point sur sa vie, vu qu’il va se faire tuer à son tour. J’avais presque pitié pour lui. Les autres hommes, restés dans la maison, se regardèrent. Ils savaient ce que cela voulait dire. Mais se sont des brutes, peu importe que leur supérieur meure, ils sont toujours vivants, eux. Alors ils frappèrent sans relâche, avec tout ce qu’ils trouvèrent : leurs pieds, leurs poings, les objets qui leur passent sous la main, casseroles et autres instruments de cuisine. Et moi, je ne pouvais rien faire. Où plutôt je ne devais rien faire, car il me semble que c’est le dernier souhait de mon maître, et je respecte cela. Alan jeta un dernier regard vers moi. J’en profitai pour me glisser dans ses pensées, et il le savait. Il a apprit à m’ouvrir son esprit pour ne pas que je m’épuise. Même si là, c’est lui qui devrait être épuisé. Je sentais qu’il puisait dans ses dernières forces pour arriver à me faire lire ce qu’il pense. Et dans ma tête, sa voix résonnait : « Trouves-le Irnia, trouve l’alka, et mène-le sur la voie. » Un homme passa devant lui, et le contact se brisa. A moins qu’il ne soit mort sous les coups. Je fermais les yeux, je préférais ne pas savoir. Ils terminèrent leur travail. Ils fouillèrent l’unique pièce quelques minutes, mais des grosses brutes comme elles ne savent pas chercher, ne savent pas regarder. A tel point qu’ils ne me trouvèrent même pas. Ils repartirent donc bredouille. Ils s’en allèrent, remontant sur leurs chevaux, et s’en allant aussi discrètement qu’à leur arrivée. J’attendis quelques minutes, pour être sûre. Puis je sortis de ma cachette. Ils ne savaient pas ce qu’ils cherchaient, mais ils ont tout mis sans dessus dessous. Ce sont de beaux abrutis. Je récupérai le nécessaire : mon arc, toutes mes flèches, mon poignard, mon carnet ainsi que mes plumes et de l’encre. J’enfilai une tenue plus confortable, une qu’ils n’avaient pas déchirée dans leurs recherches. Je trouvai une jupe courte et un haut kaki et marron, l‘idéal pour passer inaperçu. Une dernière chose à faire : je revins auprès du corps de mon maître. Je lui fermai les yeux. Puis, à l’aide des pigments qui lui servaient à faire ses peintures, je marquai son corps des symboles funèbres, pour que son âme aille en paix. Je trouvai, dissimulé sous sa tunique, un petit carnet rempli de signes étranges. Je supposai que, vu l’endroit où il était caché, il était d’une certaine importance. Je le glissais dans l’une des poches de la sacoche que j’avais passé en bandoulière. Enfin, dernière hommage à faire à Alan, je sortis son sabre bien-aimé, baptisé Yato, de son étui, et je le glissai à ma ceinture. J’effaçais toute trace de moi. Je sortis de la maison, jetais un dernier regard sur cette battisse qui avait bercé mon enfance si mouvementée. Je sus que je ne la reverrai jamais.
Je partis dans la forêt, et je retrouvai Louve, la jument qu’Alan avait mis si longtemps à apprivoiser, si belle avec sa robe noire. Elle me connaissait maintenant, et c’était la seule personne qu’il me restait. Ayant oublié la selle, j’attrapai sa crinière et me hissai sur son dos. D’elle-même, avec cette compréhension naturelle qu’elle a pour les personnes qui la monte, elle partit au grand galop. Elle savait que j’avais une mission à accomplir. Je devais retrouver l’alka.


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